Tribune: Les politiques sont-ils légitimes pour révolutionner la citoyenneté ?

Les politiques sont-ils légitimes pour révolutionner la citoyenneté ?

Tribune écrite par Pascal Clouaire à la demande du  journal https://ledrenche.fr/  pour le sommet de l’OGP http://www.opengovpartnership.org/ et de le « digital society forum » http://digital-society-forum.orange.com/.

Cette question relève a priori d’une contradiction dans les termes, c’est-à-dire d’une opposition irréconciliable entre l’idée de « révolution » et celle de « légitimité » d’un régime politique, ici celui de la démocratie. La révolution est, par définition, la forme extrême du renversement d’un régime conduisant à la fin de ses institutions. Et si l’on s’en tient à cette logique, il faut répondre par la négative à la question posée et conclure que la révolution citoyenne ne peut pas provenir « des politiques » en tant que représentants du pouvoir établi. Mais comme chacun peut le constater, nous traversons une crise aigüe de la représentation, un déficit de la citoyenneté dans le sens ou le citoyen apparait trop souvent empêché de définir des politiques publiques. C’est mon analyse, celle d’une crise de la représentation, d’une crise de confiance qui traduit un délitement de la représentation, une mise en cause des résultats de l’élection et, en conséquence, une prise en compte trop limitée du pouvoir du citoyen à agir et décider dans la cité.

L’élection ne suffit plus ! Pour preuve, la perte de crédit enregistrée par « les politiques » ne remet pas en cause le système. Car la critique, la défiance, voire l’hostilité à l’égard du pouvoir en place est compatible avec notre régime démocratique et paradoxalement garantit sa solidité. Les seuils d’alerte de l’insuffisance du pouvoir citoyen sont souvent atteints et pourtant, notre « démocratie », fondée sur la notion même de citoyenneté, demeure. Dès lors, les politiques sont légitimes pour révolutionner cette citoyenneté, c’est-à-dire développer les conditions nécessaires à son expression et bousculer les règles auxquelles le jeu politique doit obéir. À Grenoble, depuis notre élection à la municipalité en 2014, cette ambition se concrétise par une volonté de partager les capacités de décision et d’action avec les Grenoblois.

Refonder une citoyenneté via la participation, à Grenoble, a précisément pour but d’essayer de fonder des bases nouvelles, en partant des problèmes d’intérêt général et de ceux qui doivent y faire face en les vivant. Partir des problèmes tels qu’ils se posent dans notre ville, pour faire de la participation le moyen de les exprimer et de les traiter, impose de considérer que ce qui fonde cette citoyenneté d’un genre particulier c’est d’abord l’expérience, l’usage, la volonté de s’engager. Peu importe, dès lors, et dans ses conditions seulement, de connaitre le statut juridico-politique des habitants qui souhaitent « prendre part », la condition nécessaire est de « vouloir prendre part », la condition suffisante est de « vouloir prendre part ».

Aujourd’hui, nous avons besoin de changer la donne, de proposer des innovations démocratiques, d’aller plus loin en matière de participation des habitants. Nous le faisons, à notre place d’élus locaux, de manière exploratoire et modeste. Notre objectif est double : donner du pouvoir d’agir aux citoyens et promouvoir activement le débat contradictoire, l’expression de la diversité sur des sujets d’intérêt vraiment général. C’est pour cela que nous avons mis en place les conseils citoyens indépendants, le budget participatif et un nouveau dispositif de saisine et de votation unique en France. C’est dans sens également que nous développons, quand c’est possible, la construction participative des politiques publiques.

Aucune démocratie n’est parfaite, nous devons constamment questionner la nôtre en renforçant la citoyenneté. La légitimité du politique pour ce faire n’est pas absolue, mais elle est rendue nécessaire par le fait que notre système démocratique s’épuise. Nous sommes au début d’un processus qu’il faut renforcer en accompagnant les mouvements citoyens pour développer une culture de la démocratie directe, au fondement de la révolution citoyenne.

le 5 déc. 2016, Pascal Clouaire