Et si nous parlions du périscolaire ?

L’histoire. La semaine de 4 jours était une mesure phare de la politique éducative des gouvernements Fillon. Elle était, avant et au cours de son application, jugée inadaptée aux rythmes de l’enfant par les spécialistes de l’Éducation.

C’est pourquoi en 2013, la gauche et son ministre de l’éducation, V. Peillon, décident la refonte des rythmes scolaires pour les enfants des écoles maternelles et élémentaires. La première étape en est la réforme du rythme hebdomadaire des écoliers ; l’école se fera à nouveau sur 4 jours et demi, dont au moins 5 matinées d’enseignement. La semaine intègrera des temps d’activités périscolaires.[i]

 Pourquoi ? Par rapport aux autres pays européens, le système éducatif français propose de très longues journées d’école réparties sur peu de jours dans l’année. Leurs résultats aux évaluations internationales (même si celles-ci sont en partie discutables) sont trop moyens. Par ailleurs le temps périscolaire est considéré comme essentiel pour l’éveil de tous les enfants. Or trop peu d’entre eux pratiquent des activités en dehors de l’école. L’idée d’ajouter une matinée de classe hebdomadaire et d’utiliser les 3 heures ainsi gagnées à des activités d’éveil en fin de journée, permettrait de rééquilibrer cette inégalité.

A Grenoble. On se souvient que la ville s’est portée volontaire pour la mise en œuvre de la réforme dès la rentrée 2013. Celle-ci s’est donc appliquée bien vite… trop vite même peut-être ? Il ne suffisait pas d’organiser des réunions, de laisser la parole aux parents, de dire qu’on les avait écoutés pour pouvoir affirmer que l’application de la réforme avait été faite avec et pour les grenoblois ! L’exaspération des familles, leur lassitude devant la complexité du système (horaires variables, difficulté et répétitions des inscriptions…), devant aussi parfois l’amateurisme ou la désinvolture dans l’encadrement des enfants, ont nourri la défiance à l’égard de cette réforme pourtant nécessaire.

De plus, le temps de restauration périscolaire, géré par la ville, était loin d’être satisfaisant ; des problèmes d’encadrement et d’effectifs se posaient.

Enfin, alors que l’État imposait et finançait 3 heures de périscolaire par semaine, la ville de Grenoble choisissait de mettre en place 6 heures, ce qui augmentait le coût pour la collectivité et ne contribuait pas à alléger les rythmes des enfants.

Non que tout soit disqualifié, mais il y a eu des ratés. Or une réforme fondée et utile, qui touche à la vie des familles se doit d’être réussie.

Et maintenant ? La nouvelle municipalité est arrivée en mars 2014… bien trop tard donc pour modifier quoi que ce soit à ce qui existait. C’eût été procéder trop vite et vouloir à tout prix montrer sa différence. Quel intérêt ?

L’engagement a donc été pris de se donner un an. Un an pour constater ce qui fonctionnait ou pas, pour consulter parents, enseignants, animateurs, associations, etc… Un an pour ne pas oublier que le périscolaire, le lieu de partage de pratiques, est comme celui de l’école, celui du partage des valeurs. Les évènements du 7 janvier 2015 nous ont rappelé l’importance vitale de celles-ci pour notre pays. Non qu’il faille pour autant instrumentaliser le temps périscolaire mais on peut se dire aussi que ce qui s’y joue est essentiel, et dépasse la simple organisation du temps. Un objectif serait de toucher l’ensemble des enfants grenoblois pour contribuer à un traitement juste qui ne soit pas dépendant des déterminants sociaux.

Des principes. Il est indispensable que l’organisation du temps hebdomadaire soit simple ! Enfants, familles et enseignants doivent s’y retrouver. S’y retrouver en temps d’apprentissage scolaire, évidemment, sans fatigue accrue des enfants.

Quant aux activités péri-éducatives, elles sont pour tous : trop peu d’enfants aujourd’hui y participent. L’idée est donc : moins mais mieux. L’État impose et finance 3 heures de périscolaire par semaine. Proposer 3 heures d’activités riches, bien encadrées serait préférable aux 6 heures hebdomadaires existantes. Et sur le temps restant, des temps de garderie peuvent être organisés jusqu’à 18h, pour les familles qui en auraient besoin selon les nécessités du travail, des transports, etc… moyennant une contribution modeste, modulable selon leurs ressources.

Par ailleurs, les écoles maternelles nécessitent une réflexion particulière. Les enfants sont jeunes, font souvent encore la sieste, rentrent plus que les autres à la maison pour déjeuner. Le périscolaire ne peut y être traité comme dans les écoles élémentaires. Il faudrait là plus de souplesse.

Diminuer le temps d’animation périscolaire permettrait de mieux l’utiliser en le répartissant sur l’ensemble des écoles. Le travail des animateurs pourrait s’en trouver valorisé.

Enfin, autour de ces principes, faisons confiance aux parents et aux conseils d’école, à la communauté éducative, pour élaborer des projets d’établissement autour desquels des activités périscolaires spécifiques pourront s’articuler.

Des idées ? Le Réseau Citoyen choisit d’accompagner cette refonte du périscolaire grenoblois et de susciter les initiatives autour de celui-ci : celles d’associations artistiques, scientifiques ou sportives, certes. Mais tout ce qui peut rendre les enfants plus attentifs à la nature en ville, à la vigilance face aux médias, à la connaissance éclairée des cultures a aussi sa place dans l’éducation des plus jeunes si nous voulons qu’ils soient un jour citoyens avec nous.

Suggestions et propositions sont donc bienvenues pour nourrir la réflexion !

[i] “Il existe en effet dans la politique d’aménagement des temps et des activités de l’enfant le temps scolaire, périscolaire et extrascolaire.

Le temps des apprentissages scolaires relève de la responsabilité de l’éducation nationale. Le temps périscolaire, lui immédiatement avant ou après l’école, concerne le temps du transport scolaire, la période d’accueil avant la classe, le temps de la restauration à l’école, après la classe, les études surveillées, l’accompagnement scolaire, les activités culturelles ou sportives. Le temps extrascolaire se situe en soirée, le mercredi lorsqu’il n’y a pas classe, en fin de semaine et pendant les vacances.”

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